Début d’automne, trois jours durant, nous nous sommes installés sur le plateau de Millevaches pour les rencontres nationales de RELIER après celles du Larzac il y a deux ans… Deux plateaux certes, mais bien différents… En 2002, sentiment d’isolement, d’essoufflement alors que cette année les acteurs du plateau nous ont offert dynamisme, fraîcheur, couleur et poésie ! avec la découverte de lieux, spectacles et musiques ! Encore merci car on s’est "éclaté", éveil, bonne humeur et réflexion nous ont animés… Merci à l’Atelier, bar-boutique à Royère-de-Vassivière, pour ses folles nuits et ses aspirines matinales !
Ce territoire Limousin au Nord-Ouest du Massif Central est une des régions les moins peuplées de France même si une nouvelle population investit la vie sociale depuis les années 70. L’histoire politique de cette région est marquée par les mouvements de "la libre pensée" du XIXe siècle. Ce pays a une culture syndicaliste et de résistance forte avec des solidarités importantes et des lieux de débat permanents. Les élus de la Creuse n’ont ils pas encore été au cœur des débats sur le service public ces derniers temps ?
La réflexion du groupe Culture au sein de RELIER avait déjà fait émerger de nombreuses questions. Par exemple :
Le rural est-il pris comme un espace de loisirs des citadins où les artistes sont chargés de les divertir ?
Les projets culturels s’appuient-ils sur le territoire ou le territoire s’appuie-t-il sur eux ?
Quel rapport au territoire, à ses habitants, à son histoire, à son ouverture - ou à son opposé, l’hermétisme - ces initiatives tissent-elles ?
Pour ces rencontres, RELIER et le collectif Millevaches avaient décidé de mettre en valeur l’intelligence du local plutôt que d’encourager les modèles élitistes déconnectés du territoire,
la question centrale restant : comment vivre d’une activité artistique ou culturelle en milieu rural ?
Différents ateliers de réflexion ont rassemblé près de 150 personnes, artistes, paysans, programmateurs, militants associatifs, élus, acteurs ruraux, accompagnateurs… et nous avons cherché ensemble des pistes pour développer les mouvements culturels de toutes sortes dans nos campagnes… Quelles sont les spécificités rurales des questions culturelles ? Dans un contexte actuel plutôt défavorable aux acteurs culturels et aux artistes, est-il possible de vivre localement de son métier, d’être pleinement acteur économique sur son territoire ?
La culture ne peut pas être réduite à une économie de marché,
ne faut-il pas la faire glisser vers une économie solidaire et partagée ? Cinq ateliers traitant des publics, des pluriactivités, des lieux, des réseaux et du mixage culturel ont tenté d’approfondir des pistes de recherches et d’actions.
La ville reste dans les esprits synonyme de culture et la campagne synonyme d’espace de liberté… « Pas de culture au rabais pour
les territoires ruraux qui ont aussi besoin d’avoir accès à une offre culturelle de qualité (que ce soit en matière de lecture publique,
de spectacle vivant ou de pratiques artistiques) » mais, dans la réalité, il existe de nombreux freins à la campagne : problèmes financiers, politiques, géographiques, absence d’infrastructures et difficultés d’intégration dans le milieu social de nouveaux arrivants…
Ce n’est pas étonnant mais intéressant à souligner : nous retrouvons des freins et des points communs entre le développement d’activités artistiques ou culturelles en milieu rural et la création d’entreprises rurales innovantes sur lesquels RELIER travaille déjà depuis plus de 15 ans.
Dans ces deux secteurs, nous trouvons de très petites entreprises viables à taille humaine, combinant plusieurs activités et prenant en compte un projet de vie dans sa globalité.
C’est certainement pour cela que le lien agri-culturel est souhaitable… et que RELIER est bien placé pour en parler ou pour avancer des pistes d’actions.
Une autre similitude nous touche : les situations de précarité et la non-reconnaissance des paysans et artistes en voie d’installation. Ils sont souvent subventionnés ( !) par les ASSEDIC ou le RMI… quelle chance ! Que font leurs ministères respectifs… que font les DRAF et DRAC ?
Plusieurs questions sont ressorties des ateliers autour du rapport à l’argent, au pouvoir et au projet dans son ensemble. Ces questions nous ont amenés à des pistes d’actions concrètes (Guide de lieux d’accueil ruraux pour activités culturelles, AMAP culturelles : des AMAC …).
Tout ceci sera développé dans la suite de ce dossier mais ce que nous retiendrons c’est un mot de l’atelier sur les publics :
« Nous ne sommes pas là pour faire vivre un lieu mais faire vivre un projet. »
Des groupes de travail animés par RELIER doivent continuer à creuser ces pistes, nous avons besoin d’un financement qui a du mal à arriver dans le cadre d’un projet REACTIFS (Réflexion sur l’Emploi des Acteurs Culturels, Tournée vers l’Information, la Formation et la Solidarité), un EQUAL national nous ayant déjà été refusé.
Mais vaille que vaille, comme le dit Laurent Bénard dans la gazette du GREP, « il faut mener Sophocle dans les granges, et que nos agriculteurs mènent leurs cochons sur les scènes ! ».
Vincent Jannot,
Président de RELIER